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Effets des radiations sur les populations du Sud*

Les effets des explosions nucléaires françaises et des essais concomitants sur les êtres humains, la faune et la flore du Sud algérien ne sont pas encore bien connus faute d’études précises sur le sujet. Ceci est lié au caractère secret qui a entouré ces explosions et ces essais. Très peu d’informations sont disponibles aujourd’hui, même si depuis 1996, quelques informations commencent à circuler.

Les informations relatives aux conséquences sanitaires des explosions et des essais nucléaires français sont encore plus rares et se basent essentiellement sur des témoignages. Cette situation est liée dans un premier temps au fait que le Sud du pays était considéré par la puissance coloniale comme territoire militaire jusqu’à l’indépendance, deuxièmement qu’en application des accords d’Evian, la France a continué à gérer les sites des essais et qu’après 1968, les militaires français ont continué d’assurer la couverture sanitaire du Sud du pays jusqu’en 1975 dans le cadre des accords de coopération algéro-français en raison du manque de médecins nationaux. Ce n’est en effet que vers la fin de 1975 avec l’arrivée de la première promotion de médecins du service national qu’il a été possible d’assurer la couverture médicale des principales villes du Sud.
Toutes les informations médicales notamment les observations colligées par les militaires français sont dans les archives de France inaccessibles aux chercheurs et frappées depuis 2008 de non communicabilité. Seront-elles données un jour à l’Algérie ?
Rappel sur la mise en place des essais nucléaires français en Algérie
De Gaulle a toujours rêvé d’une France superpuissante. Dès la seconde guerre mondiale, il avait réussi à se faire admettre dans le club des trois grands. Ce rêve a pris une dimension de réalité lorsqu’il a été appelé à la tête de l’Etat français en 1956. Il imprime rapidement une vitesse de croisière au train qui avait démarré avec la création dès février 1956 du Groupe d’études des expérimentations spéciales (Armes spéciales de l’armée de Terre). Ainsi, en juillet 1957, la décision d’implanter un champ de tirs nucléaires près de Reggane est prise. Le 22 juillet 1958, De Gaulle fixe la date de la première explosion expérimentale au 1er trimestre 1960. Immédiatement, les préparatifs d’installation de la base-vie pour prés de 3 000 hommes, commencent à 12 km à l’est de Reggane.
Une démarche à contre courant…
L’opinion publique internationale est contre les essais nucléaires. Les étudiants très influents à l’époque, militent pour un monde sans bombes atomiques. Un moratoire est décidé en 1958 par les USA, l’ex-URSS et la Grande Bretagne interdisant les essais nucléaires atmosphériques. Malgré tout le vacarme planétaire, la France poursuit ses préparatifs, les accélère même et procède à sa première série d’essais atmosphériques utilisant des bombes au plutonium et à l’uranium. Les tirs sont effectués à partir d’une tour, sur le plateau de Hamoudia : le premier tir (nom code: Gerboise bleue), a eu lieu le 13 février 1960, à 7 h 04, à 40 km au sud de Reggane. La bombe A avait atteint une puissance de feu nucléaire estimée à trois fois la puissance de la bombe larguée sur Hiroshima. Elle a été saluée par un « Hourra ! » du général de Gaulle. Le journal Le Monde en fait son titre à la une le lendemain.
Il y a eu quatre explosions nucléaires et un nombre triple d’essais à Reggane. Le premier tir a été suivi de trois autres à qui on a donné des noms de code : Gerboise blanche (1er avril 1960), Gerboises rouge (27 décembre 1960) et verte (25 avril 1961).
Les explosions et essais atmosphériques très polluants ont été suivis par des essais sous terrains à In Eker prés de Tamanrasset., Ainsi, à partir du 7 novembre 1961, les militaires français ont procédé à des tirs atomiques dans des galeries souterraines creusées dans les montagnes du désert, au Hoggar, à In Eker à 150 km au nord de Tamanrasset, dans le Sud Algérien. Le but était d’éviter toute contamination de l’environnement : « la poussière dégagée au cours de l’explosion ainsi que les gaz radioactifs étaient ainsi confinés dans le cône d’éboulis formé à l’intérieur de la chambre après l’explosion et devaient se fixer dans les roches, du moins en théorie ».
Des tirs atomiques mal maitrisés avec des conséquences graves pour la biosphère :
Pendant des années, aucune information n’a transpiré sur les aspects techniques des tirs atomiques. Les conséquences visibles du 2e tir souterrain ont été minimisées au point d’être banalisées. Avec le temps et les témoignages de personnes qui ont assisté aux tirs, on s’aperçoit que la liste des imperfections est longue, cinq sur les dix sept tirs paraissent avoir été mal maitrisés. Peut-être y-en-a-t-il eu plus ?
Ainsi, au dernier tir atmosphérique du 25 avril 1961 dit gerboise verte, la bombe n’a pas explosé conformément aux directives « 195 soldats furent irradiés dont une dizaine mourront contaminés». Des erreurs ont été enregistrées suite à la précipitation qui a entouré le tir. Alger étant entre les mains des putschistes, les militaires du Sud voulant éviter que la bombe ne tombe entre les mains des militaires d’Alger, avaient accéléré les procédures.
Tous les experts sont cependant unanimes pour considérer que le deuxième tir sous terrain a été un grave échec. Son nom de code est Béryl, il a eu le 1er mai 1962. L’explosion souterraine provoque l’écroulement de la montagne et libère un nuage radioactif dans l’atmosphère qui atteint 2600 m d’altitude et qui a été suivi sur une distance d’au moins 600 km. On dénombre 17 victimes qui mourront de leucémie. Moins d’un an après, le 18 mars 1963, le tir appelé Emeraude libère également de la radioactivité dans l’air.
Incontestablement, l’essai Béryl apparait comme une véritable catastrophe, il a été qualifié de Tchernobyl 1. Il y a eu une panique générale, officiels, soldats et civils couraient vers la base, sauf les appelés, qui attendaient les ordres. Le nuage nucléaire s’était déplacé, mortellement. Gaston Palewski, ministre de la recherche scientifique et des affaires atomiques, était présent. Il succombera à une leucémie en 1986. Comble d’ironie, la France déplorera quelques années plus tard la vétusté des installations de la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl.
Un spécialiste de la question, le Pr. Yves Rocard, directeur du C.E.A., reconnait quelques années plus tard dans ses mémoires que « les mesures que l’on aurait aimé faire à l’instant zéro sur la bombe du 13 février 1960, dite Gerboise bleue, ont toutes échoué en raison de la gaucherie de la préparation, confiée à des jeunes gens instruits et capables évidement, mais maladroits et novices. Il aurait fallu prendre des précautions de routine comme ne pas oublier d’emporter une pince quand il y a 70 km à faire pour parvenir au champ de tir ! Le bilan des mesures faites sur le terrain à l’instant zéro par le service essais se révéla assez lamentable. » Il ajoute « Un nuage chargé de particules radioactives, naît de ce premier essai est arrivé à Niamey, capitale du Tchad, son activité était 100.000, supérieure à la normale. Des chutes de pluie noire furent signalées le 16 février 1960, sur le Sud du Portugal puis le lendemain sur le Japon. Ces pluies avaient une activité radioactive 29 fois supérieure à la normale.»
De novembre 1961 à février 1966, treize tirs en galerie ont été effectués dont quatre n’ont pas été totalement contenus ou confinés. Les essais nucléaires en Algérie ont totalisé des explosions de 500 kilotonnes, 130 KT à Reggane en essais atmosphériques et 370 KT à Aïn Iker, au Hoggar en essais souterrains. Suivant les accords d’Evian, les expériences nucléaires françaises au Sahara ont été arrêtées en 1966. Les derniers militaires français sont partis d‘Algérie en fin janvier 1968...
Selon un rapport du CEA datant de 1960: les radiations ont couvert des superficies s’étendant sur 150 Km de long. Ce rapport français limitait à dessein le rayon d’exposition qu’aussi bien les Américains que les Britanniques estiment à plus du quadruple.
Par ailleurs, il est établi scientifiquement que les bombes au plutonium (plus toxique que l’uranium) utilisées lors des essais, entrainent des dégâts plus considérables sur l’environnement et les hommes. La demi-vie du plutonium est de 24 000 ans.
Deux millions de personnes directement exposées et non informées
Selon les sources françaises, « 24 000 civils et militaires ont été utilisés dans ces explosions sans compter la population de la région ». Parmi ces derniers 6.500 militaires français et 3.500 travailleurs algériens ont été utilisés à Reggane. Ils ont préparé les essais et les expérimentations prévus. Les Algériens, ont pour la plupart, été ramenés du Nord du pays où ils ont été arrêtés, souvent pour des motifs banaux (contrôle d’identité, vagabondage…) pour leur offrir du travail, leur avait-on dit. Ils ont été affectés aux tâches les plus pénibles, peu informés de l’objet du travail et couverts de peu de précautions.
En fait, ces sources ne comptabilisent pas les habitants tant sédentaires que nomades qui vivaient dans un rayon de 700 km autour du point zéro aussi bien lors des essais atmosphériques et qu’au cours des expérimentations sous terraines. Le nombre global de personnes exposées aux explosions et aux essais atomiques dépasserait les deux millions de personnes.
La population civile a été laissée dans l’ignorance. L’opération étant secrète, la population locale n’a pas été avertie, aucune mesure de prévention ne lui a été conseillée contre les effets de la radioactivité.
Touahria Taher, rapporte dans son livre ‘’les essais nucléaires français en Algérie’ : souvenirs d’enfer’’ qu’à Aïn Eker, les travailleurs algériens ont été recrutés pour travailler dans des mines d’or, leur avait-on annoncé, pour un salaire de 750 francs par mois. Alors que les militaires portaient des combinaisons spéciales, les travailleurs autochtones portaient des bleus de travail. Le travail cessait une semaine avant l’explosion, les travailleurs partaient pour Aïn Mguel, ou pour des zones situées à seulement 5 Km du point zéro, puis revenaient quelques jours après pour continuer de creuser de nouvelles galeries.
Des humains utilisés comme cobayes :
Des Algériens en majorité mais également des militaires français ont été utilisés comme cobayes.
Gérard Dellac, 65 ans, témoigne : «Sur ordre d'un officier j'ai été planter le drapeau français au point zéro pour la première bombe atomique française le 13 février 1960". Atteint d'un cancer de la peau depuis 1991, il assure avoir été contaminé dans le Sahara algérien en 1960 en effectuant son service militaire en tant qu'appelé.
Lors des deux derniers essais, pour simuler une guerre nucléaire, les responsables militaires français ont envoyé 291 hommes, pour la plupart des appelés du contingent, manœuvrer sous le champignon atomique… pour étudier « les effets physiologiques et psychologiques produits sur l’homme par l’arme atomique». La revue « Le Point » a retrouvé ces anciens «cobayes» qui témoignent pour la première fois comme Francis Paquez, qui souffre aujourd'hui d'une maladie de peau et d'une hypersensibilité à la lumière, un vétéran qui a respecté la consigne de l'armée depuis quarante ans en gardant le silence sur cette manœuvre secrète, baptisée « Hippocampe vert ».
Le Président de l'Aven, (Association des vétérans des essais nucléaires) Jean-Louis Valatx se référant à une étude médicale conclut «Aujourd'hui, beaucoup sont déjà décédés ou sont malades». Il est démontré que sur 720 vétérans 30 % étaient atteints de cancers, alors que la moyenne nationale est de 17 % pour la même classe d'âge. Ces vétérans souffrent notamment de cancers de la bouche, du sang, de l'appareil digestif, des poumons et de la peau. Seulement 9 % des vétérans sont «en bonne santé et ne signalent aucune maladie».
Des témoignages de militaires et de médecins français ont confirmé l’utilisation par l’armée française d’habitants de la région ou de Ghardaïa afin de "tester l’effet des radiations" sur eux. Ces derniers ont été placés dans les lieues servant de théâtre des opérations sans protection aucune. Les survivants n’ont bénéficié d’aucun traitement contre les radiations nucléaires par la suite.
Les témoignages du coté algérien sont encore plus accablants. Ali Boukacha dans un article sur ‘’les essais nucléaires français en Algérie’’ rapporte des témoignages sur l’explosion du 13 février 1960, laquelle s’est accompagnée d’une émission de gaz, elle a été responsable de 39 décès parmi les habitants de la région de Fertouth. Dans la région de Silet, de nombreuses maladies ont fait leur apparition dont la tuberculose qui a emporté beaucoup de monde. Certains villages ont même été décimés, leurs habitants avaient récupéré du matériel contaminé laissé par les militaires français sur le site : tentes, fils de cuivre et objets divers. 150 prisonniers algériens, résistants pour la plupart, ont été ligotés à des poteaux à environ 1 km de l’épicentre, l’objectif « scientifique » étant de voir les effets des radiations sur ces cobayes humains. Ces prisonniers ont été pris parmi les Moudjahidines, au nombre de 200, du camp de Bossuet (Telagh), ils ont été ramenés sur le site et enchaînés à des poteaux, ils ont été utilisés comme cobayes humains au moment de l’explosion du 13 février 1960. (L’Authentique, ibid). L’utilisation de ces cobayes humains a été confirmée par un légionnaire allemand, présent sur les lieux, dans une déclaration rapportée dans un documentaire cinématographique suisse.
Un autre algérien, M. Chennafi, témoigne : « un sexagénaire, enlevé avec cinq de ses amis de Staouéli (ouest d’Alger), ils ont été envoyés à Reggane où ils devaient travailler jour et nuit et préparer l’installation de la bombe nucléaire : « Après l’explosion de cette bombe, les victimes étaient parties en fumée. Même les ossements ont disparu». il ajoute « Les corps, attachés à des poteaux, à un ou deux kilomètres du lieu de l’explosion ont été retrouvés durcis comme du plastique. » Pour tromper l’opinion : «Des photos de mannequins ont été publiées par la suite, mais il s’agissait de celles prises lors du troisième essai. » (Corvée à Reggane, Témoignages de Mohammed Chennafi et Kouider Echay, les essais nucléaires français en Algérie)
L’armée française a bel et bien établi des dossiers médicaux pour les habitants de Reggane :
Les militaires français ont, en effet, procédé au niveau de Reggane, avant les essais, au recensement de toutes les habitations et de toutes les personnes qui y vivaient. Le jour de l’essai tous les habitants ont reçu l’ordre de sortir de leurs maisons et d’enrouler une couverture autour d’eux (El Moudjahid, 18 février 1996). Il leur a également été ordonné de mettre un cliché radiologique, que les militaires avaient distribué, autour de leur cou, afin d’apprécier l’importance du rayonnement.
Des médecins militaires ont visité les Ksours environnants et des médecins spécialisés en médecine nucléaire ont examiné la population de Reggane. (L’Authentique, 13 février 1997).
Des observations médicales nombreuses et variées :
Depuis l’arrivée des médecins algériens dans les zones irradiées, des observations sont rapportées de façon itérative de cancers de la peau, d’atteintes oculaires, avec de nombreux cas de cécité notés chez les habitants de la région de Reggane, un grand nombre d’avortement et de saignements chez les femmes et même chez les animaux. La courbe de mortinatalité a subi une ascension importante de même que le nombre d’enfants malformés un cas de cyclope a été rapporté. (L’Authentique, 13 février 1997). D’autres observations mettent en relief l’augmentation de cas de stérilité.
Sur le plan épidémiologique général l’Algérie enregistre plus de 30 000 cas nouveaux de cancer annuellement alors que le Maroc à la population presque égale n’en compte que la moitié. Si ces cancers sont dominés chez la femme par le cancer du sein et du col de l’utérus et chez l’homme par ceux du poumon et du colon, il n’en reste pas moins que le nombre de cancers de la thyroïde a quintuplé.
Cependant, à ce jour il n’ya pas d’étude précise en Algérie, ni de registre de cancer pour les régions exposées. Chez les militaires français qui ont servi dans le cadre du contingent, les témoignages se multiplient :
Point de vue n°13072 de Jean-Philippe le 16/02/2006 : Mon père était sur place en 1960, il est mort en 2004 de grave maladie pulmonaire, dont on ne connait pas la cause!! Ma famille et moi avons discuté avec les médecins qui ont suivi mon papa peu avant sa mort et pour eux cela ne fait aucun doute sa présence sur ce site en 1960 a fortement contribué à la dégradation de ces poumons. » Ce soldats s'appelait Jacques Signe.
Point de vue n°22849 de caroline le 08/05/2007 : « Serge BONNET était mon père, il a été radio a proximité de la Base de Reganne en 61-62, il est décédé à 63 ans d'un cancer rare des vaisseaux du foie... La question Reganne restera à jamais sans réponse... »
Point de vue n°30315 de Macquet Jean le 30/12/2008 : « Appelé , j'ai du comme beaucoup d'autres , sans que l'on demande mon avis ,vivre en qualité de chauffeur au 3GT, d’octobre 1965 à Juillet 1966 à la base de Reggan Ville, Située à 13 km de Reggan Plateau et à 43 km de Hamoudia ( point 0), … cette radioactivité avait elle complètement disparue ? Certainement pas, car Radio interne disait que les prélèvements étaient toujours assurés par la Légion étrangère, … il faudrait tenir des statistiques concernant les disparus, mais plus on attendra moins de monde il restera et l’affaire sera classée. Les populations locales n'ont rien demandé non plus, touchées elles ont du l’être, elles étaient au premier rang. Je suis fier d'avoir pu vivre dans ce beau désert mais pas dans ces circonstances et je présente un grand respect à toute la population locale
Point de vue n°18528 de Boinet Jean-Pierre le 06/10/2006 : « J'ai effectué mon service militaire à Reggane (18 mois depuis le début de l'année 1963) J'étais au lieu dit Hamoudia près du centre de tir soit à 50 km de Reggane. J'y ai travaillé sans protection ni contrôle ni information. Je souffre depuis plus de 30 ans de polyarthrite très invalidante avec traitement permanent aux corticoïdes. Cela peut être provoqué par des irradiations! Comment le prouver? Comment attaquer l'armée et le GOUVERNEMENT? »
Ces « Irradiés de la République », Français victimes des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie française. Ceux qui ne sont pas morts souffrent de maladies nombreuses dont « des cancers du sang, de la thyroïde, de la bouche, des poumons, de la peau, des glaucomes, des problèmes cardiaques. Ils ont transmis sans le savoir des affections génétiques à leur descendance ». Ils sont plus d’un millier de personnes soignées en France entre Polynésiens et Français de l'est de la France pour des maladies directement liées à la radioactivité (leucémie, cancer de la gorge, malformations, etc).
Combien d’Algériens ne sont pas soignés? Nous nous contenterons de citer un seul exemple, d’un jeune contaminé 26 ans après la fin des essais dans la région : Ammar Boudjellal Belgacem revient à Bordj Bou Arréridj en 1989, démobilisé après 24 mois de service national. Le rapport médical fait état de «séquelles d'intoxication spécifique par radiations». Il traine plusieurs maladies telles que la glande hypophysaire, accros mégalos, goitre, sueurs, maladie cardiaque, cholestérol, triglycéride, perturbation de la vue, perte de mémoire, etc. En 1993, il a subi une opération chirurgicale, ensuite il a suivi la radiothérapie pendant deux mois sans interruption. En 1997, c’est encore des cures de chimiothérapie et un traitement à vie, il est suivi par le centre Pierre et Marie Curie (CPMC) d’Alger.
Des conséquences néfastes sur la faune et la flore :
D’importantes conséquences ont été enregistrées sur l’agriculture et sur l’environnement : détérioration de la production agricole frappant les deux cultures principales de la région, les céréales et les dattes. Une véritable épidémie de « Bayoudh radioactif » a touché les palmiers.
Mr Bendjebbar, un agriculteur de la région fait des constations amères : sécheresse qui a frappé la région de Reggane, mort des animaux et disparition de la végétation. Brebis et chamelles mettant bas des « monstres ».
Dans la région d’In Eker, mieux protégée que Reggane car les tirs étaient souterrains malgré les échecs de certains, le Pr. Aboudi a constaté que 10 chameaux sur 60 présentaient des leucémies et des changements dans leur hématologie.
Un danger permanent : matériel contaminé insuffisamment enfoui
Suivant les accords d’Evian, les militaires français ont arrêté les essais en 1966 mais sont restés sur place deux années supplémentaires dans le but de nettoyer la région. Ce travail a été malheureusement bâclé, ne respectant pas les normes de sécurité requises.
Un matériel impressionnant: des chars, des véhicules blindés de toute nature, des canons… ; des avions prêts au décollage ou parqués derrière des monticules de sable ; et des superstructures de navire de guerre avec leurs tourelles et leurs canons... En tout plus de 100 000 tonnes… En vue d’étudier leur résistance…
Tout le matériel, les équipements et les animaux qui ont servi aux expérimentations, donc très fortement contaminés ont été ensevelis dans la région sous des tonnes de sable avant le départ définitif des militaires français. Leur danger persiste, de même que leurs effets néfastes.
Les Français «prétendent que les déchets nucléaires ont été enterrés dans des fouilles en béton armé», ils ont été dissimulés sans aucune mesure de sécurité, constituant ainsi un «danger permanent» pour la faune, la flore et les humains. Pour Bruno Barrillot, expert français au Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, un secret défense est toujours imposé sur les négligences constatées lors de ces essais.
Aujourd’hui les autorités algériennes ne disposent même pas de la carte des enfouissements opérés par l’armée française. Les populations paient un lourd tribut en ramenant à des fins de subsistance des tas de ferraille que les vents font découvrir ça et là ! La remise de ces cartes devient une urgence sanitaire, elle ne peut être refusée sous prétexte de secret d’Etat ? C’est vrai que les autorités françaises ont joué sur le silence de l’Algérie. Pour se déculpabiliser, la France assure qu’à sa connaissance, l'Algérie, depuis son indépendance, n'a jamais fourni d'information sur une éventuelle pollution radioactive de la région de Reggane. Elle en déduit avec cynisme que la puissance des vents sahariens et les phénomènes d'érosion ont dû disperser les éléments radioactifs sur une très grande surface, ce qui aurait rendu aujourd'hui les contrôles pratiquement inopérants.
Ce qui est navrant dans cette affaire, c’est que la France elle-même souffre des retombées de Tchernobyl, elle est donc bien placée pour bien évaluer ces risques. Ainsi, le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté en France régulièrement d'environ 7% en moyenne depuis 1977 sans inflexion particulière en 1986. Dans les régions françaises du Calvados où une étude épidémiologique a été faite on assiste à un même quadruplement de ce nombre de cancers. En région Champagne-Ardenne, il y a eu seulement un doublement de ce nombre révélé par une étude équivalente, plus de retombées qu'à l'Ouest de la France. Les cancers de la thyroïde sont très majoritairement féminins et l'évolution de leur nombre suit l'évolution du nombre de cancers du sein.
Pour l’AIEA le danger reste. Selon les premiers résultats d'une enquête menée par des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) en 1999, les régions d’Algérie ayant abrité ces essais «sont toujours dangereuses», y compris là où des essais souterrains ont eu lieu. Curieusement, les résultats de l’étude de l’AIEA n’ont été publiés qu’en 2005. Toujours est-il qu’à ce jour, il n’existe pas encore de délimitation précise des espaces contaminés par les différents essais.
La France ne peut se dérober à ses responsabilités :
Elle doit restituer des archives sanitaires, notamment les dossiers médicaux des populations de Reggane et de ses environs ainsi que ceux d’In Eker et de ses environs collectés par les militaires français entre 1960 et 1966. Elle doit également, remettre les rapports médicaux rédigés par les médecins militaires français dans le Sud du pays de 1962 à 1975.
Elle doit surtout remettre en urgence les cartes d’enfouissement du matériel utilisé à titre expérimental et aider à enterrer suivant les normes le matériel irradié et à mettre en place des périmètres se sécurité.
Elle doit en outre aider à couvrir plus efficacement et à déterminer le périmètre de sécurité optimal le lieu où a eu l’accident de Béryl.
La France devra s’engager à financer deux centres de diagnostic et à former leur personnel au niveau d’Adrar et Tamanrasset. Elle devra s’engager en outre à prendre en charge médicalement tous les cas médicaux avérés.

*Pr. Mostéfa Khiati
Université d’Alger
mkhiatidz@yahoo.fr

Commentaires (4)Add Comment
0
le sujet
Par momo, février 13, 2011
jprefere mmpas lire
0
je pense qu'il y'a une faute dans votre accroche
Par bouidghaghen nacer, février 23, 2011
bonjour
sauf ereure de ma part je pense que le mot orphlin n'existe pas en anglais mais plutot orphan est dans votre on dire plutot sponsor an orphan
desolé si j'ai fait une erreure
nacer
paris
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expèrience personnelle
Par jeannine, avril 26, 2011
Ayant enseigné pendant 27 ans dans la région des Oasis, j'ai pu constater les dégâts qu'ont occasionné les essais nucléaires dans cette vaste région du sud.
A u fil du temps, j'ai constaté que la population souffrait de plusieurs maladies "inconnues" inavouées par les responsables car eux-mêmes tenus dans l'ignorance ( même s'ils s'en doutaient car lors du départ de l'armée française, la population- qui avait travaillé auprès des français- racontait ce qu'ils avaient entendu dire).
Les enfants avaient de "mystérieuses" maladies telles que des encéphalites, des cancers divers , des diabètes en bas âges( dans les années 80), des nouveaux-nés difformes ( que les parents étaient obligés d'enfermer dans des caches souterraines en plein désert hors de la vue de la population car trop horrible à supporter), des animaux naissant avec cinq pattes,3 têtes, sans bouche ou yeux etc.
Les végétaux n'ont pas été aussi épargnés.
L'horreur existe toujours de nos jours car ces êtres sont pour certains encore en vie.
Pour ma part je suis certaine que"la bêtise humaine" n'a pas de frontière et que tant qu'existera "l'ignorance" criminelle voulue ou pas, l'humanité a du soucis à se faire.Nous sommes dans une époque où nous payons les erreurs criminelles d'une catégorie d'hommes et de femmes que rien n'empêche de dormir .Que DIEU ait pitié de nous, nous sommes tous engagés sur un même navire qui prend l'eau de toute part.



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la drogue
Par ÂLI, septembre 09, 2013
ah la droge ont algerie responnessable nemuro 1 le president c est le chatiment est panne capital vous voir pourqoi nous pas comme malise iran il faut pousser cette qustion au persident c est lui le responsable devant le peupple et sont oubles le bonne dieu

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