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Les mines antipersonnelles

: une arme à destruction massive à retardement
Par le Pr. Mostéfa KHIATI, Président de la FOREM

Le 24 novembre à Hassi Bahbah, le Président de la République a procédé à la destruction de 3030 mines anti-personnelles. Cet acte est tout un symbole, car il intervient à la veille de la réunion de Nairobi (29/11 au 3/12/2004) qui doit évaluer les progrès accomplis depuis la proclamation du Traité d’interdiction des mines ou Convention d’Ottawa signée en 1997.
L’Algérie qui a adhéré à ce traité en 2001 n’a jamais fabriqué ces engins mais a été victime et le reste des centaines de milliers de mines antipersonnel enfouies dans son territoire lors de la seconde guerre mondiale par les armées alliées et surtout durant la guerre de libération nationale par l’armée coloniale notamment le long des frontières. Dans ces circonstances, le geste du Président de la république, prend toute sa valeur aussi bien à l’échelle nationale et africaine qu’à l’échelle universelle.

Un regard rapide sur les résultats accomplis au cours des sept dernières années peut prêter à la satisfaction. Au 15 juillet 2004, 143 pays ont déjà ratifié le traité avec pour effet immédiat la destruction de trente-cinq millions de mines. Plus généralement, on note à travers le monde une réduction significative de l'emploi des mines antipersonnel, le recul du nombre des nouvelles victimes, l'extension des surfaces déminées, l'effondrement de la production et l'arrêt quasi total des échanges.
Une analyse plus pointue montre que le chemin parcouru a été lent et difficile mais surtout que les problèmes générés par ces engins ‘faucheurs’ d’hommes, de femmes et d’enfants se posent encore avec acuité dans bon nombre de pays en majorité pauvres (Afghanistan, Angola, Somalie, Mozambique, Combodge, Bosnie…) et tout laisse à penser que la situation ne va pas s’améliorer dans les décennies à venir.

Des engins fabriqués pour semer la terreur parmi la population civile :
Les mines terrestres ont été utilisées pour la première fois pendant la guerre de Sécession aux USA, sous une forme assez rudimentaire. Elles apparaissent comme arme de dissuasion à large échelle lors de la première guerre mondiale en tant que moyen de défense antichar. En fait, elles vont d’abord servir à protéger les mines antichar, plus grosses, plus visibles et beaucoup plus chères mais facilement récupérées et réutilisées par les adversaires au cours des conflits. Bien vite, elles deviennent des armes offensives : protection d’installations stratégiques, restriction de la mobilité des forces adverses, dispersion à grande échelle pour provoquer un maximum de dommages, multitude autres usages…
Parallèlement à la diversité d’utilisation, les améliorations techniques apportées en font des mines de plus en plus difficiles à repérer et aux dommages croissants : mines à effet de souffle déclenchées par la simple pression d’un pas, mines en plastique non détectables par les détecteurs de métaux rendant le déminage périlleux, possibilité de les fabriquer de façon artisanale par les combattants, bombes équipées de systèmes de mise à feu électronique et de capteurs, mines programmables, mines à fragmentation déclenchées par la traction d’un fil-piège, et qui sont capables de projeter des éclats métalliques à cinquante mètres, mines bondissantes dispersant des éclats métalliques sur un angle de 360°, mines dispersables et programmables dites "intelligentes" ; auxquelles il faut ajouter les mines antichars et antivéhicules ainsi que les munitions non explosées. Selon l'Union Interparlementaire, il existe "quelque trois cent soixante modèles de mines terrestres antipersonnel - qui diffèrent par leur conception, le volume d'explosif qu'elles contiennent et le type de blessures qu'elles provoquent - ont été produites par au moins cinquante cinq pays à travers le monde.’’

Un drame silencieux responsable de terribles dommages directs et indirects :
Chaque année, entre 25.000 et 26.000 innocents voient leur destin brisé par une de ces mini-bombes à retardement. En dix ans, ces mines ont fait plus d'un million de victimes directes. Aujourd'hui, elles tuent chaque mois 1400 personnes et en blessent 780 autres. En Angola, ce sont plus de 50 personnes qui meurent quotidiennement victimes de mines ou de munitions non explosées. Dans plus de 80 % des cas, les victimes sont des civils
Plus de 110 millions de mines antipersonnel actives restent enfouies dans le sol d’environ 70 pays. Il y a 20.5 millions en Afrique, posés surtout en Angola, Mozambique, Erythrée, Somalie et Ethiopie. Il y a également 21 millions au Moyen-Orient et en Irak. Il y a enfin autant en Afghanistan, au Cambodge, au Vietnam, en Birmanie…
Une personne est mutilée ou tuée par une mine toutes les 20 minutes. Pour le conseiller aux Etats radical genevois Gilles Petitpierre, il s’en suit une triple négation : négation du droit humanitaire d’abord, les mines antipersonnel sont conçues pour plus pour mutiler que pour tuer et pour frapper sans distinction ; négation de la dignité humaine ensuite, les mines antipersonnel laissent derrière elles des handicaps, des traumas et par voie de conséquence l’exclusion sociale, des familles entières sont brisées et réduites à la misère ; négation du développement enfin et de tout travail en excluant une partie de la population du processus de développement et en empêchant un retour des réfugiés sur des terrains minés.
A titre d’exemple 70 000 personnes en Angola et 35 000 autres au Cambodge ont été amputées après avoir étés fauchées par une mine.

Les ONG à la pointe de la campagne internationale d’interdiction des mines antipersonnel :
Un long et lent processus international aboutira à l’interdiction internationale des mines antipersonnelles. Historiquement, il prend naissance des espoirs déçus par l’application du Protocole II de la Convention de 1980 qui réglemente l'usage des mines, laquelle n’a eu aucun effet sur leur prolifération. Une mutation s’opère dans l’opinion mondiale et une accélération du processus d’interdiction se déclenche lors la conférence internationale stratégique d'Ottawa, en octobre 1996, qui lance le Processus d'Ottawa : la Déclaration d'Ottawa d'octobre 1996, la Déclaration de Bruxelles de juin 1997 et la négociation du projet de traité à Oslo, en septembre 1997 pour enfin aboutir à la Convention d'Ottawa, les 3 et 4 décembre 1997 sur les mines anti-personnel. Cette Convention impose l'interdiction totale d'employer, de stocker, de produire et de transférer des mines antipersonnel et prévoit des mesures de vérification de l'application du Traité. Elle renforce les processus d'assistance aux populations et insiste sur la coopération et l'assistance internationales en matière de déminage.
Les ONG montent au créneau dès 1990, elles mobilisent l’opinion internationale. Elles lancent en 1996 une campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel. La réunion de Frankfurt (19 au 22 février 1997) rassemble 70 ONG de 40 pays. Elles venaient d’être auréolées du prix Nobel de la paix pour leur engagement. Aujourd’hui, elles sont plus de 300 à soutenir cette initiative.
Le Traité d’Ottawa entre finalement en vigueur le 1er mars 1999.

Des engins destructeurs toujours fabriqués et exportés :
Trois pays ont été à la pointe de ce combat : la Belgique a été le premier pays à interdire les mines antipersonnel en 1995 ; le Canada qui a mené le processus diplomatique aboutissant au Traité d’Ottawa et la Norvège qui a abrité les négociations préalables à son adoption à Oslo, en septembre 1997 et qui a alloué entre 1997 et 2003, plus de 130 millions de dollars US aux actions de déminage dans le monde.
Parmi les pays n'ayant pas ratifié le Traité, on trouve les deux puissances que sont les Etats-Unis et la Chine, ainsi que trois Etats membres de l'Union européenne: Pologne, Finlande, Lettonie. Les USA ont fixé 2006 pour leur adhésion au traité. Ils contribuent financièrement et techniquement dans beaucoup de pays aux opérations de déminage. Paradoxalement, ils constituent aujourd’hui avec la Chine, les Etats de l'ex-URSS et l'Italie, les principaux pays producteurs et exportateurs de mines antipersonnel. Beaucoup de fabricants sont des entreprises liées à de grands groupes industriels comme GIAT (France), Daimler-Benz (D), British Aerospace (GB) et Honeywell (USA).
La position de la Suisse est plus complexe, selon Michel Egger « Si elle ne produit pas de mines complètes, plusieurs entreprises fabriquent des composants micromécaniques et microélectroniques pour des mines et autres explosifs. On estime entre 3 et 4 millions le nombre de mines stockées dans nos arsenaux. Mais surtout, notre pays est l'une des plaques tournantes, commerciales et financières, du trafic mondial de mines. Jusqu'ici, les autorités suisses ont estimé que l'interdiction totale des mines A/P était "politiquement irréaliste’’ ».
Ainsi, chaque année entre 5 et 10 millions de mines antipersonnel sont toujours fabriquées dans le monde. Près de 500 millions l'ont été depuis 25 ans par plus de 50 états.
Comment lutter contre cette destruction massive à retardement ?
Il faut tout d’abord arrêter de poser des mines. En 1994, on a posé vingt fois plus de mines qu'on en a détruites. Le déminage, en effet, a des limites; il est lent, onéreux et dangereux. Il faudrait environ onze siècles pour déminer la planète entière ! Le déminage est également coûteux, si le prix d'une mine antipersonnel varie entre 3 et 75 dollars, sa neutralisation coûte entre 300 et 1000 dollars, ce qui représente pour toute la terre environ trente-trois milliards de dollars. Le déminage enfin n’est pas sans risque, on estime qu’un artificier succombe à chaque 5000 mines désactivées.
A l’instar du principe du ‘pollueur-payeur’, le principe de responsabilité directe a été posé lors de la Conférence de révision de la Convention sur les mines tenue à Vienne. Il est anormal, en effet, de demander à des Etats tiers de contribuer au déminage et de prendre en charge les effets dévastateurs des mines antipersonnel et d’ignorer les principaux responsables qui sont les producteurs et autres marchands d’armes.
Quoi qu’il en soit, la seule solution reste l’application du Traité d’Ottawa avec une interdiction totale de fabrication, de vente et de pose et l’obligation pour les parties qui en ont leur possession ces mines antipersonnel de les détruire.

Commentaires (1)Add Comment
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Article très interessant mais non formellement daté.
Par sacré jean-jacques, avril 27, 2012
Article très interessant mais non formellement daté. On peut penser qu'il a été écrit en décembre 2004 ou janvier 2005.
Je pense qu'un article de cette nature DOIT être daté clairement car cette situation est relative a une période.
Par exemple au débiut de l'article ajouter: "Article mis en ligne le Jour - Mois - Année" ce serait bien.
J.J.S

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